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                   Pédagogie 

                      Instruire, éduquer, cultiver, former …

 Remarques préliminaires.-

S’occuper de jeunes ou mêmes d’adultes pour les instruire ,les cultiver ou

les former , n’est pas évident si l’on prend ce travail au sérieux.

Si la nécessité de l’instruction ,pour savoir lire, écrire et calculer,

est unanimement souhaitée et reconnue , il y a encore la question du comment le

faire ; et par la suite pour éduquer, cultiver et former, il y a la même question

du comment, quelles références prendre, comment éviter le moulage unilatéral,

comment susciter la réflexion personnelle, comment éviter la manipulation des

esprits… Tout en sachant que nous vivons dans la société actuelle avec ses

exigences et problèmes, ne serait-ce pas souhaitable d’introduire des réflexions  

à long terme , au-delà de la durée d’une législature, à 30,  50,  100 ans et

au-delà ? (cf. notre survie, l’environnement …)

 Eduquer, cultiver , former.-

Nous ne vivons pas sur une planète utopique, nous avons à prendre en considération les

acquis des générations précédentes et quiconque voudrait vivre avec nous devrait s’y plier.

Je pense aux valeurs républicaines de laïcité , d’égalité des chances, droit à l’éducation et

aussi au respect des autres et de l’environnement, à la tolérance … Une société où il y des

droits, mais aussi des devoirs, il en a trop qui l’oublient . L’école a besoin de consensus et

de discipline pour pouvoir travailler tranquillement et avec efficacité. Le jeune, en contre-

partie , devrait y être accueilli avec respect et pouvoir s’y épanouir en fonction de son savoir,

ses capacités ou ses volontés spécifiques. Rappelons qu’il y a des « droits de l’enfant » ;

c’est un devoir pour l’enseignant de les respecter ; l’enfant doit aussi pouvoir s’exprimer

concernant ses problèmes personnels ; une confiance réciproque doit pouvoir s’installer

dans l’intérêt de tout le monde (enfant , enseignant et société).

L’école, le lycée et  l’université sont aussi au sein du milieu de notre société actuelle ,

au milieu de notre système ou modèle économique. Les jeunes , les gens ont besoin de se gagner

la vie ; il y a donc forcément et heureusement des interactions.

C’est le « diplôme » qui donne le repère pour l’emploi dans notre société. Mais il y a

inflation : avec l’augmentation des diplômés, les exigences augmentent. Par exemple,

après la guerre de 45 , un brevet des collèges pouvait suffire pour commencer une carrière

d’instituteur dans certains départements, maintenant il faut une licence …( bac + 3 ).

Eduquer , cultiver, former … veut aussi dire que nous les adultes puissions offrir aux

jeunes une place , une perspective dans notre société, et là les choses ont évolué, changé.

Les perspectives et données ne sont plus les mêmes qu’il y a 50 ans.

 L’éducation et formations avec les nouvelles données .-

  L’éducation et les formations doivent tenir compte de l’influence des nouvelles données

qui influent sur la vie de nos sociétés. Les jeunes et moins jeunes ne trouvent plus facilement

un travail ou un emploi et à la longue les retraites sont aussi menacées ;

d’ailleurs déjà actuellement les impôts locaux et autres croissent plus vite que retraites et salaires.

Ce sont les politiques qui doivent prendre leurs responsabilités, mieux communiquer , penser au-delà

de la durée d’une législature et nous dire quel monde nous voulons ou que nous pouvons 

espérer. Comme nous élisons nos politiques, nous sommes coresponsables.

 Dans l’inventaire des nouvelles données, on peut citer notamment :

- les nouveaux moyens de communication ,  d’information et de travail :

la  télévision,  l’ordinateur, l’ internet , les satellites (cf. gps, localisation) … ;

il y a l’image, on peut facilement faire du téléenseignement, télétravail,

téléconférences , des recherches sur un sujet donné sont rapides mais ,pour trier ,

 il faut du jugement et discernement ( nécessité d’un enseignant ou personne compétente,

etc ;

- l’automatisation ; il suffit de regarder par exemple une machine qui remplit

et ferme  60 000  bouteilles de bière à l’heure …. ;

- la délocalisation  du travail en Asie, Europe de l’Est,  en Amérique du sud, en Afrique … ;

 il suffit de mentionner l’industrie du textile, de tout ce que peut se

faire à la chaîne ; le télétravail se développe (traduction, programmation …) ;

le commerce par internet… ;

- les transports sont facilités : cf. avions, voiture … ; avec les fusées il y a encore

d’autres perspectives…. ;

- l'épuisement et augmentation du coût des ressources fossiles non renouvelables ;

du charbon , il en a encore mais le pétrole et le gaz naturel devraient s’épuiser

dans quelques décennies ( 35 à 40 ans ?) ;

- la population mondiale était d’un peu plus qu’un milliard en 1850 et maintenant

nous sommes plus que 6 milliards…; 

certains pays, hors de l’Europe, ont quadruplé leur population en l’espace des 40 dernières années…. ;

aux religieux de prendre aussi leurs responsabilités ; tout ce monde veut vivre

 et éventuellement avoir un emploi ou travail ;

- la pollution de l’eau, de l’air, du sol, des aliments avec cancers et allergies

toujours en augmentation (cf. pourcentages ), la fertilité des hommes en

diminution ;

- changement climatique, épuisement des ressources naturelles (cf. poissons des

mers, forêts , biodiversité…), urbanisation galopante , sécheresse … ; diminution

de l’eau douce potable ; les problèmes des déviations de rivières ,l’irrigation

industrielle, construction de centrales hydroélectriques ….

-  en Europe, dans l’Union Européenne, nous sommes bientôt 25 pays (1er mai 2004)

et probablement bien plus dans les années qui viennent ;

-  en dehors d’écoles ou instituts spécialisés, l’économie et l’esprit d’entreprise

ont été et sont quasi absents de l’enseignement ; même ceux qui veulent devenir

fonctionnaire ou occuper un poste public devraient être initiés réellement à ces

thèmes afin de mieux comprendre et promouvoir une certaine solidarité ;

- la nouvelle monnaie (euro ),impact mondial, déficit et dette publics , risque d’inflation …

devraient être enseignés et discutés afin de mieux comprendre

(par exemple l’inflation totale de 1924 ,en Allemagne, a eu des résultats

catastrophiques pour toute l’Europe …) ;

- mettre en évidence nos valeurs et références pour mieux vivre ensemble et

et promouvoir le durable, le long terme.

 

La géopolitique actuelle s’inspire de toutes ces données. Mais ne faudrait-il pas

changer quelque peu notre modèle économique afin de survivre ?Si l’école ou l’université

n’y réfléchissent pas ou ne font pas de recherches dans ces domaines, qui a alors les

possibilités de le faire ?

 

  Transmission des valeurs , du savoir et savoir-faire.-

    Bien  enseigner n’est pas une évidence. Il est hors de doute qu’il faut la compétence pour

   ce qui est enseigné . Mais cela ne suffit de loin pas. Il faut aussi le contact. Les manières

   d’enseigner ou les méthodes employées comptent de même aussi énormément. Il n’est pas

   normal que des enfants de 6 à 7 ans puissent lire et même partiellement écrire et que

   d’autres à 50 ans ne le sachent pas s’ils ne sont pas malades ou handicapés !

Après les bases fondamentales (savoir lire , écrire et calculer) , l’enseignement que nous

connaissons se divise en deux branches parallèles que le jeune peut suivre en même temps

ou séparément suivant ses motivations , capacités ou nécessité de devoir se gagner la vie :

culture générale ou formation professionnelle ; pour l’université on a en plus les recherches

fondamentales et les recherches appliquées ou utiles pour le système économique .

 

 

  Quelques suggestions pour réaliser une bonne transmission de l’enseignement : 

- respecter le jeune comme l’enseignant souhaite d’être respecté. Prendre

le jeune tel qu’il est ;

-  être honnête, rechercher la vérité, les causes ; ne pas se contenter de traiter

les effets, d’être superficiel ou manipulable ; il y a une éthique pour enseigner ;

-  rechercher le contact et le dialogue pour se comprendre réciproquement ;

-  cultiver la confiance ; un jeune ou un moins jeune sera plus à l’aise dans ce qu’il

fait ou entreprend ;

- l’enseignant comme le parent doit exiger et promouvoir pour lutter contre

une inertie. Il y a des droits et devoirs ;

- dans la mesure du possible, il est bon de faire intervenir tous les sens ou du

moins certains : le toucher, l’ouïe, la vision ou couleur , l’odeur … ;

- favoriser la recherche personnelle et pas seulement à l’Université ; le jeune

assimile ainsi mieux et à son rythme ; il se décourage moins et est demandeur ;

l'enseignant a alors la fonction de guide ;

-  réaliser plutôt moins , mais essayer de le faire à fond. On peut, par exemple,

réaliser des mesures nombreuses et très différentes et exprimer les résultats

avec une dizaine de chiffres après la virgule ; on peut aussi se concentrer

sur une mesure ou un nombre réduit et montrer qu’il y a des sources d’erreurs

et d’incertitudes et que tant de chiffres après la virgule ne veulent absolument

rien dire . Ou travailler un sujet historique en cherchant les vraies causes ;

recherches sur l’environnement en choisissant un sujet à faire à fond…. ;

-  préparer les jeunes pour qu’ils puissent bien entrer dans le modèle économique 

environnant, il faut bien qu’ils se gagnent la vie ; cela n’empêche qu’on peut

philosopher et penser à long terme.

-  préparer le jeune pour qu’il puisse penser et réfléchir  par lui-même.

 

   Formation de l’enseignant .-

  On ne peut pas recruter un enseignant en se référant uniquement à ses diplômes universitaires sans inclure ses capacités de contact ,ses expériences sociales ou professionnelles.

                     Le jeune enseignant qui n’a qu’une formation scolaire , théorique …, ne

                   peut apporter qu’une partie de ce qu’il faut savoir pour s’en sortir dans nos

                   sociétés ; sans expérience pratique, on peut difficilement conseiller . Comment

                   par exemple enseigner et juger la conduite automobile si l’on connaît la

                   théorie mais pas la pratique, si l’on n’a jamais conduit une voiture soi-même.

                     Il y a par exemple des formations professionnelles supérieures ou universitaires

                   où le recrutement ou la promotion se fait uniquement sur diplômes et nombre

                   de publications de recherche fondamentale ou appliquée; il y a en plus cooptation,

                   monopoles de laboratoire… Ceci fait que certains enseignants font juste les 3-6(*)

                   heures/semaine de cours et travaux dirigés pour aussitôt retourner au laboratoire

                   ou non. Si un enseignant a une expérience industrielle ,on n’en tient pas compte ;

                   si l’enseignant réalise des écrits pour l’étudiant, publie des ouvrages dans

                   l’intérêt du jeune ou de l’étudiant, cela est plutôt mal vu et défavorable à sa

                   promotion  car « non de niveau ».

                    Ma devise pourtant a toujours été « priorité au jeune », dialogue avec le jeune

                   et après le reste, quelque soit les conséquences pour ma personne. Le jeune ou

                   l’étudiant a besoin qu’on ne le laisse pas tout seul , il a besoin de savoir se situer !

                    Quand je regarde les humanistes alsaciens du 15e, 16e et 17e siècle ( cf  aussi

                   bibliothèque humaniste de 67- Sélestat  ) , on constate qu’ils recherchaient des

                   Universités et des Maîtres où il y avait possibilité d’échanges personnelles pour

                   enrichir leur pensée ; maître et élève devenaient souvent amis ,parfois toute la vie

                   durant.

                    Quelque chose d’analogue devrait s’appliquer pour d’autres métiers ou

                   professions. Par exemple pour devenir médecin, on devrait exiger d’avoir

                   exercé avec succès une année d’infirmier (auprès de personnes âgés , personnes

                   handicapées etc  ).

                   Si nous voulons réformer, tenons compte de cela et tenons compte de notre

                   époque et de notre modèle économique .

                                                                                         J. HITZKE,  Dr ès sc.

                                                                                        Maître de Conférence IUT ( en retr.)

                                                                                       http://www.books-hitzke.net

                                                                        

                   (*) : un Professeur ou Maître de Conférences , à l’Université, en plus du

                         devoir de faire des recherches et des publications, doit un enseignement

                         de 128 h de cours ou de 192 h de travaux dirigés ou de 288 h  de travaux

                         pratiques ou un mélange des trois et ceci par année.

                  

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